Infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE)

Réalisation électrique en Normandie : installation IRVE avec borne de recharge pour véhicule électrique et protections dédiées.

Les infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE) constituent un pilier de la transition énergétique. L’essor des voitures électriques et hybrides rechargeables en France s’appuie sur un maillage toujours plus dense de bornes à domicile, en entreprise et sur l’espace public. Fin janvier 2026, la France disposait de 189 943 points de recharge ouverts au public , soit une progression annuelle de 21 %. Plus de 4 400 nouvelles bornes ont été déployées en un mois et le taux d’accès immédiat au réseau atteint 96 % , ce qui témoigne d’une amélioration continue du service. Le parc de véhicules électriques et hybrides rechargeables dépassait pour sa part 2,4 millions de véhicules fin 2025 selon l’Avere‑France .

1. Cadre législatif et obligations réglementaires

1.1 Loi d’orientation des mobilités (LOM) et pré‑équipement

Adoptée en 2019, la loi d’orientation des mobilités (LOM) oblige les maîtres d’ouvrage à anticiper l’électrification des parkings. Les permis de construire déposés après le 11 mars 2021 pour des bâtiments neufs ou lourdement rénovés doivent prévoir le pré‑équipement d’au moins 20 % des places pour accueillir des bornes et un point de recharge pour 20 places à partir du 1ᵉʳ janvier 2025, dont au moins une accessible aux personnes à mobilité réduite . Les parkings existants de plus de 20 places doivent, eux aussi, installer au moins une borne et une borne supplémentaire par tranche de 20 places à partir de 2025 . Dans les copropriétés, la LOM renforce le droit à la prise : tout occupant peut faire poser une borne (≤ 22 kW) sur sa place de stationnement sans accord préalable de l’assemblée, à condition d’en supporter le coût et de ne pas compromettre la sécurité de l’immeuble .

1.2 Pré‑équipement en copropriété et tertiaire

Le pré‑équipement consiste à prévoir des chemins de câbles et gaines (généralement 100 × 100 mm) et à dimensionner le tableau général basse tension (TGBT) pour alimenter au moins 20 % des places . Dans les immeubles résidentiels neufs de plus de 10 places, le pré‑câblage doit pouvoir desservir 100 % des emplacements, et le dimensionnement minimal est de 15 kVA pour 10 à 20 places ou 22 kVA pour 21 à 40 places . Des exceptions existent pour les petites copropriétés (< 10 places) ou lorsque le surcoût dépasse 7 % des travaux de rénovation .

1.3 Nouvelle norme NF C 15‑100‑7‑722

Depuis le 1ᵉʳ septembre 2025, la nouvelle norme NF C 15‑100‑7‑722 remplace l’ancien guide UTE C15‑722 et s’impose à toutes les installations IRVE . Elle exige :

  • Un circuit dédié par point de charge et un câble dimensionné spécifiquement pour la puissance de la borne  ;

  • Une protection différentielle individuelle de 30 mA (type A ou F en monophasé, type B en triphasé) par borne pour éviter les risques de fuite de courant  ;

  • Des obturateurs sur les socles jusqu’à 32 A pour empêcher toute insertion accidentelle de corps étrangers ;

  • La rédaction d’une attestation de conformité par un installateur certifié et l’utilisation de matériels marqués CE et conformes aux normes nationales.

1.4 Qualification des installateurs

Le décret du 27 octobre 2021 impose que toute borne de plus de 3,7 kW soit installée par un professionnel qualifié IRVE. Cette qualification, délivrée par Qualifelec ou l’AFNOR, repose sur trois piliers : respect des normes (NF C 15‑100 et NF C 15‑100‑7‑722), compétences techniques et conformité réglementaire . Trois niveaux existent : Niveau 1 pour les bornes AC ≤ 22 kW, Niveau 2 pour les bornes intelligentes et couplées à des sources renouvelables et Niveau 3 pour les charges rapides DC jusqu’à 400 kW. La qualification, valable quatre ans, conditionne l’accès aux aides financières comme le programme Advenir .

2. Normes techniques et types de connecteurs

2.1 Normes européennes et internationales

Les IRVE doivent respecter plusieurs normes techniques :

Norme / référentiel Objet Exigences principales
NF C 15‑100 et NF C 15‑100‑7‑722 Sécurité des installations électriques basse tension et exigences spécifiques pour les IRVE Circuit dédié, protection différentielle type A/F ou B, obturateurs, attestation de conformité .
EN IEC 61851 Systèmes de charge conductive pour véhicules électriques Définit les modes de charge (mode 3 et 4) et les communications entre borne et véhicule.
EN 62196‑2 / EN 62196‑3 Connecteurs et prises pour véhicules électriques Spécifie les fiches Type 2 (AC) et Combo CCS (DC) ; imposé dans l’UE .
ISO 15118 Communication véhicule/borne Permet le Plug & Charge et la charge bidirectionnelle (V2G/V2H).

2.2 Connecteurs et puissances

  • Type 2 (AC) : connecteur standard en Europe pour la charge en courant alternatif jusqu’à 22 kW . Les bornes murales domestiques délivrent généralement de 3,7 kW à 7,4 kW en monophasé (8 h à 3 h pour passer de 20 % à 80 % de batterie) et jusqu’à 22 kW en triphasé (environ 1 à 2 h) .

  • Combined Charging System (CCS) : la prise Combo CCS associe une partie AC de type 2 et deux broches DC pour supporter la charge rapide. Standard européen depuis 2014, elle équipe 98 % des véhicules vendus en Europe et évolue jusqu’à 350 kW aujourd’hui et 500 kW pour les versions futures . Elle réduit le temps de charge à 15–30 minutes avec des stations 150 kW .

  • CHAdeMO : standard japonais principalement utilisé par Nissan et Mitsubishi ; il délivre jusqu’à 62,5 kW et permet une charge à 80 % en 20–30 minutes . Son usage décline en Europe au profit du CCS.

  • Megawatt Charging System (MCS) : futur connecteur destiné aux poids lourds et cars électriques. Il vise des puissances jusqu’à 3,75 MW et permettra de recharger un camion pendant la pause réglementaire de 45 minutes .

2.3 Modes de recharge

Les normes distinguent quatre modes :

  1. Mode 1 : branchement direct sur une prise domestique, limité à 2,3 kW. Très lent et déconseillé pour un usage régulier.

  2. Mode 2 : câble avec boîtier de contrôle (ICC) et protection différentielle, puissance jusqu’à 3,7 kW. Utilisé en dépannage.

  3. Mode 3 : borne dédiée (wallbox) en courant alternatif, communication entre la borne et le véhicule pour gérer la charge et la sécurité. C’est le mode privilégié pour les installations domestiques et publiques.

  4. Mode 4 : charge rapide en courant continu avec conversion à la station. Destiné aux stations publiques sur autoroutes, il permet de récupérer 80 % de batterie en 30 minutes environ.

3. Typologie des infrastructures et usages

3.1 Recharge à domicile

La majorité des charges se font au domicile ou sur le lieu de travail. Une wallbox de 7,4 kW coûte 800 à 1 200 € en matériel, et l’installation par un professionnel qualifié ajoute environ 500 à 800 € . La puissance standard (7,4 kW) recharge entièrement une voiture en 8 h, tandis qu’un modèle triphasé de 22 kW nécessite un abonnement spécifique et un coût d’environ 1 300 € supplémentaire . L’auto‑installation n’est autorisée que pour les bornes ≤ 3,7 kW .

3.2 Recharge en entreprise et parkings privés

Les entreprises doivent équiper leurs parkings pour leurs employés et les visiteurs. Une borne AC simple (3,7 – 22 kW) coûte 600 à 900 € hors installation et une borne double 22 kW coûte environ 3 300 à 4 000 € . L’installation complète d’une borne de 7 kW se situe entre 1 200 et 2 500 €, avec un coût de maintenance annuel de 100 à 200 € . Les bornes rapides et ultra‑rapides (22 – 120 kW) représentent un investissement de 6 000 à 70 000 € .

3.3 Recharge ouverte au public

Au 31 janvier 2026, la France comptait 189 943 points de recharge ouverts au public, dont 4 442 nouveaux installés au cours du mois et une disponibilité technique de 91 % . Fin décembre 2025, 185 141 bornes étaient en service et 30 807 points avaient été ajoutés en 2025. Le réseau offre en moyenne 275 bornes pour 100 000 habitants . Les bornes AC (≤ 22 kW) représentent la majorité du parc, mais la part des bornes rapides (≥ 50 kW) augmente pour faciliter les longs trajets. Les lois imposent que les bornes accessibles au public soient compatibles avec les personnes à mobilité réduite et avec les systèmes de paiement ouverts .

4. Aides financières et incitations

4.1 Programme Advenir

Le programme Advenir, géré par l’Avere‑France, finance l’installation de bornes sur la base des certificats d’économies d’énergie. Doté d’un budget de 520 millions d’euros, il vise à soutenir 250 000 points de recharge d’ici 2027. Au début 2026, environ 140 000 bornes avaient déjà été financées, avec des subventions variables selon l’usage (copropriétés, entreprises, collectifs, flotte poids lourds) . Les projets doivent être validés avant l’installation et confiés à des installateurs qualifiés pour bénéficier de la prime.

4.2 TVA réduite et subventions locales

Les particuliers bénéficient d’une TVA à 5,5 % pour l’achat et l’installation d’une borne réalisée par un professionnel qualifié. Le crédit d’impôt de 500 € pour l’installation d’une borne a pris fin le 31 décembre 2025 . Certaines collectivités accordent des aides complémentaires (régions, départements, métropoles), et la loi permet aux entreprises de déduire fiscalement les dépenses liées à la recharge. Pour les copropriétés, la prime Advenir peut couvrir une part significative de l’installation (de 20 % à 50 % selon les cas).

5. Innovations et perspectives

5.1 Recharge bidirectionnelle et V2G

La technologie vehicle‑to‑grid (V2G) permet au véhicule de restituer de l’énergie au bâtiment ou au réseau. Testée en France par Izivia, cette solution vise à lisser la consommation et à valoriser le stockage embarqué. Elle permet de charger lorsque l’électricité est abondante et décarbonée, d’injecter l’énergie lors des pics de demande et de réaliser des économies via des tarifs avantageux . Des projets pilotes sont en cours sur les flottes d’entreprise ; la généralisation de la norme ISO 15118 facilitera son déploiement.

5.2 Ouverture des données et qualité de service

Le décret du 4 mai 2021 oblige les collectivités à publier les données relatives aux stations de recharge (localisation, puissance, disponibilité). Ces données, centralisées sur la Base nationale des IRVE, visent à améliorer l’information des usagers et à soutenir les services de mobilité . En parallèle, l’Avere-France suit la qualité de service des réseaux publics : le taux de disponibilité était de 93 % en 2024, 95 % d’accès immédiat et 91 % début 2026.

5.3 Chargement des poids lourds et Megawatt Charging System

Pour accompagner l’électrification du transport routier lourd, le Megawatt Charging System (MCS) vise des puissances jusqu’à 3,75 MW, permettant aux camions de recharger pendant la pause réglementaire de 45 minutes. Les premiers démonstrateurs montrent qu’un chargeur MCS peut délivrer plus de 1 MW et qu’une station de 20 bornes mobilise plusieurs mégawatts ; un pilotage intelligent sera nécessaire pour équilibrer le réseau .

6. Conseils pratiques pour dimensionner une IRVE

  1. Analyser les besoins : nombre de véhicules, rythme de rotation, puissance souhaitée et prévisions de croissance. Pour une copropriété, privilégier un système évolutif capable d’équiper 100 % des places à terme .

  2. Vérifier l’infrastructure électrique : puissance disponible au TGBT, distance entre le tableau et les emplacements, compatibilité avec le réseau et nécessité éventuelle d’une extension ou d’un transformateur.

  3. Choisir la puissance et le connecteur : pour un usage quotidien, une wallbox de 7,4 kW suffit ; pour des flottes ou des véhicules utilitaires, opter pour 22 kW. Sur les axes autoroutiers, privilégier les bornes rapides CCS ≥ 50 kW. Le CHAdeMO reste utile pour certains modèles mais tend à disparaître .

  4. Faire appel à un professionnel qualifié : l’installateur doit être certifié IRVE (niveau adapté), respecter les normes et fournir l’attestation de conformité. L’intervention d’un électricien non qualifié peut entraîner un refus de mise en service et la perte des aides financières .

  5. Anticiper la gestion de charge : intégrer des solutions de pilotage énergétique (compteur Linky, délestage, programmation) pour éviter les surcharges et optimiser les coûts. Les bornes intelligentes compatibles ISO 15118 permettront de profiter des offres « heures solaires » et des tarifs dynamiques.

Conclusion

Le développement des infrastructures de recharge est une condition essentielle pour atteindre les objectifs climatiques et accompagner l’essor des véhicules électriques. La France a franchi le cap des 180 000 points publics fin 2025 et continue de densifier son réseau avec près de 190 000 bornes début 2026. Les normes NF C 15‑100‑7‑722 et les obligations de la LOM assurent la sécurité et l’accessibilité des installations, tandis que les programmes de financement comme Advenir soutiennent les investissements des particuliers, des entreprises et des collectivités. À mesure que les technologies évoluent (V2G, MCS), l’IRVE devient plus qu’un simple point de charge : c’est un maillon du système énergétique, capable d’intégrer les énergies renouvelables et de rendre la mobilité durable accessible à tous.

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